La navigation sous-marine est impitoyable. Sans signal GPS, les véhicules sous-marins dépendent entièrement de leurs capteurs inertiels pour se repérer. Une légère dérive par minute peut se traduire par des kilomètres d'erreur lors de missions de longue durée. Pour les opérateurs cartographiant des pipelines ou explorant les grands fonds, de tels écarts peuvent engendrer des missions inutiles, des coûts accrus et une sécurité compromise. C'est pourquoi le choix entre gyroscopes à fibre optique (FOG) et centrales inertielles MEMS est crucial.
Les gyroscopes FOG maintiennent une dérive ultra-faible et une stabilité à long terme dans des conditions sous-marines sans GNSS, tandis que les IMU MEMS offrent des alternatives compactes et à faible consommation d'énergie mieux adaptées aux inspections de courte durée et aux plateformes sensibles aux coûts.
Le débat entre les capteurs FOG et MEMS ne porte pas sur la nouveauté de chaque technologie, mais sur leur capacité à résister aux conditions extrêmes de la navigation sous-marine. En comparant leurs performances en termes de précision, de robustesse environnementale, de tolérance aux vibrations, de taille, de poids et de consommation (SWaP) et de durée de vie, on peut identifier les points forts et les faiblesses de chaque technologie. Cette approche structurée permet aux opérateurs de choisir le capteur le plus adapté à chaque mission sous-marine.

Table des matières
Précision et dérive lors de missions de longue durée : quel capteur est le plus performant ?
Performances FOG
Les capteurs FOG exploitent l'effet Sagnac pour mesurer la vitesse angulaire, indépendamment des pièces mécaniques. Cette conception permet d'obtenir des taux de dérive exceptionnellement faibles , souvent inférieurs à 0,05 °/h, ce qui leur confère une grande stabilité pour des missions d'une durée de 6 à 10 heures, voire plus. Lors de la cartographie sous-marine ou de l'inspection de pipelines, les AUV équipés de capteurs FOG maintiennent des estimations de cap fiables sans mises à jour externes constantes, garantissant ainsi la précision des levés et l'efficacité des missions.
Performances des MEMS
Les gyroscopes MEMS mesurent la rotation grâce à des structures vibrantes. Malgré des améliorations, leur instabilité de biais reste de l' ordre de 1 à 10 °/h , ce qui engendre des erreurs cumulatives importantes dans les environnements dépourvus de GNSS. Les unités MEMS peuvent gérer des plongées courtes ou des missions d'inspection d'une durée inférieure à une heure, mais sur de longues périodes, l'accumulation de dérive nécessite des corrections fréquentes par DVL, USBL ou balises acoustiques. Cette dépendance limite l'autonomie lors des opérations en eaux profondes.
Comparaison
FOG : Stabilité inégalée, adaptée aux levés topographiques de longue durée.
MEMS : Adaptés uniquement aux missions de courte portée et de durée limitée.
Verdict : FOG est le meilleur choix lorsque la précision dans le temps est essentielle à la mission.

Robustesse environnementale : quelle technologie résiste aux pressions et températures extrêmes sous-marines ?
Robustesse du FOG
Les gyrophares à fibre optique (FOG) utilisent des bobines optiques et des composants électroniques à semi-conducteurs, ce qui leur confère une résistance intrinsèque à la pression, à la salinité et aux fortes variations thermiques . L'absence de structures vibrantes minimise l'impact de la pression en profondeur sur leurs performances. La dérive thermique est prévisible et peut être compensée en usine, garantissant ainsi une précision de cap constante, même dans les eaux arctiques ou tropicales.
Robustesse des MEMS
Les capteurs MEMS sont construits sur des microstructures de silicium, sensibles à la dilatation thermique, aux contraintes et aux fluctuations de pression . Les conditions sous-marines, notamment les variations rapides de température ou une forte salinité, peuvent dégrader la stabilité de leur polarisation et la linéarité de leur facteur d'échelle. Les algorithmes de compensation et l'encapsulation permettent d'améliorer la situation, mais les MEMS nécessitent généralement un réétalonnage actif lorsque les conditions environnementales varient.
Comparaison
FOG : Plus résistant à une exposition prolongée aux environnements sous-marins.
MEMS : Sensibles aux contraintes environnementales, nécessitent des corrections fréquentes.
Verdict : Le FOG reste l'option fiable pour les missions en eaux profondes, tandis que le MEMS convient aux environnements peu profonds ou contrôlés.

Vibrations et chocs : quel capteur assure la stabilité sous charges dynamiques ?
Stabilité FOG
Les gyroscopes FOG, dépourvus de pièces mécaniques mobiles, sont intrinsèquement moins sensibles aux erreurs induites par les vibrations. Sur les plateformes sous-marines, comme les AUV opérant à proximité des courants de fond ou les ROV manipulant des outils, les FOG maintiennent des mesures stables même en présence de micro-vibrations constantes ou de chocs soudains. Leur conception optique garantit que les charges dynamiques ont une influence minimale sur le biais et le facteur d'échelle, ce qui explique leur utilisation privilégiée dans les systèmes de lutte contre les mines navales et la construction offshore.
Stabilité des MEMS
Malgré leur construction robuste à l'échelle micrométrique, les capteurs MEMS sont intrinsèquement plus sensibles aux vibrations et aux chocs . Les structures vibrantes peuvent capter des fréquences indésirables, entraînant des mesures erronées de la vitesse angulaire ou une instabilité temporaire du signal de sortie. Bien que les techniques d'amortissement et de filtrage améliorent leurs performances, les gyroscopes MEMS nécessitent souvent un traitement du signal poussé pour rester utilisables dans des environnements à fortes vibrations, comme les drones sous-marins à propulseurs.
Comparaison
- FOG : Fournit des mesures stables en cas de vibrations et de chocs soudains, minimisant ainsi la propagation des erreurs.
- MEMS : Légers mais sensibles aux bruits induits par les vibrations, nécessitant un filtrage important.
- Verdict : Pour les plateformes exposées aux turbulences, aux vibrations induites par les hélices ou aux opérations d'outils sous-marins, le FOG offre clairement la solution la plus stable et la plus fiable.
Taille, poids et consommation : quel capteur convient aux plateformes à contraintes SWaP ?
Caractéristiques du FOG SWaP
Les capteurs FOG sont généralement équipés de bobines optiques plus volumineuses et consomment davantage d'énergie . Malgré les récentes miniaturisations, un capteur FOG de qualité tactique peut peser plusieurs centaines de grammes et consommer plusieurs watts. Sur les petits AUV ou les ROV à autonomie limitée, cela peut réduire leur endurance ou leur capacité d'emport. Cependant, pour les véhicules sous-marins de moyenne et grande taille, le compromis entre taille et consommation est souvent justifié par une précision et une stabilité inégalées.
Caractéristiques SWaP des MEMS
Les centrales inertielles MEMS sont intrinsèquement compactes, légères et économes en énergie . De nombreuses unités MEMS tactiques pèsent moins de 50 grammes et consomment moins d'un watt. Elles sont donc idéales pour les petits drones d'inspection, les systèmes de navigation portables pour plongeurs ou les charges utiles où chaque gramme et chaque milliampère compte. Leur faible encombrement permet leur intégration dans des boîtiers exigus, favorisant ainsi la conception de véhicules agiles.
Comparaison
- FOG : Plus volumineux et gourmand en énergie, idéal pour les plateformes disposant d'un espace et d'une consommation énergétique suffisants.
- MEMS : Optimisés pour les systèmes à taille, poids et consommation d’énergie limités, permettant des conceptions légères et à faible consommation.
- Verdict : Lorsque la compacité et l'efficacité sont primordiales, les MEMS sont le choix naturel ; pour les missions privilégiant la précision à l'endurance, les FOG restent la référence.

Intégration avec les aides sous-marines : quel capteur fonctionne le mieux avec DVL et USBL ?
Intégration FOG
Les gyroscopes FOG offrent une référence de haute stabilité qui améliore considérablement les performances des diagraphies de vitesse Doppler (DVL), des systèmes acoustiques à base ultra-courte (USBL) et à base longue (LBL). Grâce à la précision constante des signaux FOG, les capteurs auxiliaires peuvent être mis à jour moins fréquemment, réduisant ainsi les erreurs de navigation même en cas de signaux acoustiques intermittents ou partiellement bloqués. Cette synergie fait des solutions de navigation inertielle (INS) basées sur les gyroscopes FOG la norme pour les AUV de classe hydrodynamique et les missions sous-marines de longue durée.
Intégration MEMS
Les centrales inertielles MEMS dépendent davantage d'aides externes en raison de leur dérive et de leur instabilité de biais plus élevées . Bien qu'elles s'intègrent facilement aux DVL et USBL grâce à leur conception légère et compatible avec les systèmes numériques, la nécessité fréquente de corrections accroît la dépendance du système aux mises à jour acoustiques. Dans des environnements bruyants ou à signal dégradé, la navigation basée sur les MEMS peut présenter des sauts ou une qualité de positionnement dégradée, à moins d'être renforcée par des algorithmes de fusion de capteurs avancés.
Comparaison
- FOG : Fournit une structure de base stable aux systèmes d'assistance sous-marins, réduisant ainsi la dépendance aux corrections fréquentes.
- MEMS : Faciles à intégrer, mais nécessitent des mises à jour externes constantes pour compenser la dérive.
- Verdict : Pour les missions où les mises à jour acoustiques peuvent être peu fiables, le FOG est la solution la plus sûre ; les MEMS peuvent suffire lorsque l'assistance externe est garantie et fréquente.
De la stabilité à la dérive à la résilience environnementale, en passant par la tolérance aux vibrations, le SWaP et l'intégration du système, la comparaison effectuée jusqu'à présent montre clairement que les FOG surpassent généralement les MEMS dans des conditions sous-marines exigeantes, tandis que les MEMS restent un choix pratique pour les missions plus légères et plus courtes.
Cependant, la performance à elle seule ne suffit pas à définir la solution idéale. Le coût, les exigences de maintenance, la qualité des données et les applications éprouvées sont tout aussi déterminants dans le choix d'un capteur pour les plateformes sous-marines. Dans la deuxième partie, nous poursuivrons cette analyse en examinant l'économie du cycle de vie, la maintenance, la fiabilité de la cartographie et des cas d'utilisation concrets, avant de parvenir à une conclusion quant à la technologie la plus performante en milieu sous-marin.

